Les premières fois sont importantes

La première fois que je suis entrée dans l’atelier de Sara Fratini, parmi les nombreux ouvrages et reproductions d’oeuvres de divers artistes, trois cartes postales ont retenu mon attention: un tableau de Vermeer, un nu de Lucian Freud, une nature morte de Morandi.
Soit, respectivement: une attention particulière portée à la lumière, un réalisme sans concession, une sobriété essentialiste.
Soit un regard exigeant.

Sara Fratini travaille souvent par séries, ce qui lui permet dans un temps restreint de concentrer au sens presque chimique du terme toutes son attention et facultés sur tel ou tel projet. Ainsi, la série Inside-outside montre des extérieurs vu depuis un  appartement, une fenêtre matérialise ce passage, thème cher à la peinture, définie d’ailleurs par le grand Alberti comme une « fenêtre ouverte sur le monde » (De Pictura, 1435) et thème essentiel de la pratique de Matisse, entre autres.
Sara Fratini matérialise donc par la peinture le passage de l’intérieur à l’extérieur mais  aussi celui de l’individu au monde qui l’entoure, autrement dit, face à son extériorité. Ainsi, les tableaux sur le thème de l’autre soi-même et du dédoublement, ainsi les jeux de reflets dans les miroirs, qui explorent l’ étrangeté fondamentale de soi-même pour soi-même.
L’Intérieur au fauteuil montre un espace totalement saturé de roses adoucis, magistrale composition qui rappelle l’immense Bonnard. D’autres tableaux donnent à voir un effacement du motif, un processus en somme. Sara Fratini aime regarder. Regarder les oeuvres des maîtres du passé. Regarder la moindre lumière, fragile et éphémère. Regarder les autres.
Ses oeuvres proposent une recomposition de tout cela dans une poétisation du réel.

Cendrine Vivier (galerie Le Coin des Arts, Paris)

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